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TrouilleDémocratie de la trouille?

« Nos sociétés modernes sont sans cesse davantage traversées par une nouvelle passion démocratique : la peur. À vrai dire, nous avons peur de tout : de la vitesse, de l'alcool, du tabac, de la côte de bœuf, du poulet, des délocalisations, des OGM, de l'effet de serre, de la mondialisation...»  Luc Ferry[1].

La peur est une vieille compagne des êtres vivants. Avec la libido[2], ce sont des motivations vitales à l’évolution des êtres et des sociétés. La peur a toujours existé dans les sociétés humaines et loin d’en constituer le ciment, le fondement, elle a toujours été un facteur de division de la communauté. Comme le rappelait déjà Platon dans La République. La peur est déshonorante, elle appartient aux femmes et aux enfants, mais n’est pas digne des hommes de la cité. Platon multiplie les interdictions éducatives afin de ne pas la faire naître chez ces derniers. Seront impitoyablement chassés de la cité les poètes dont les fables font craindre la mort en provoquant la peur de l’au-delà, celles qui représentent les hommes pleurant et gémissant.

En outre, les gardiens, qui doivent assumer dans la cité le rôle de protecteurs, seront recrutés sur leur « bon naturel »: leur principale qualité est le courage, car une âme animée par elle est incapable de trembler ou de céder. Pour ce faire, ces derniers pratiqueront la gymnastique et seront soumis à des épreuves difficiles consistant à surmonter la souffrance. Platon, dans La République, analysant les cités corrompues, classera d’ailleurs au dernier rang la tyrannie, qu’il définit justement comme le régime où règne la peur. Le tyran, qui s’est rendu odieux à ses concitoyens, redoute de les voir comploter contre lui. Il ne peut se maintenir au pouvoir qu’en les faisant vivre dans la crainte perpétuelle.

Ces derniers temps, la Turquie en fournie un bel exemple. Dans nos sociétés modernes, la peur est partout et le vieillissement des populations occidentales n’est pas fait pour arranger les choses ! Dans la morosité ambiante générée par les crises économiques à répétition et le chômage devenu endémique, certains petits pays résistent toujours et encore à l’envahisseur, mais pour combien de temps encore ? On y est contre l’Europe, mais on applique toutes les directives européennes ... Voilà le signe de la peur suprême ! On a peur de rien puisqu’on applique tout ce qu’on nous demande ... Mais au peuple on explique qu’on ne cède rien !

Vers une idéologie de la peur ?

« La peur rassure ! C’est ce que disait Freud à propos des phobies : leur multiplication nous permet d’échapper à l’angoisse causée par des conflits psychiques insupportables. L’angoisse[3], qui ne porte sur rien, ne peut être combattue, tandis que les peurs, qui sont limitées, peuvent être apprivoisées. On préfère, donc, avoir peur de quelque chose, plutôt que d’être angoissé par rien, c’est-à-dire par tout. D’où cette idéologie de la peur qui est si puissante aujourd’hui. Elle est une idéologie, car elle offre, au fond, tout ce qui manque à nos sociétés désenchantées (...) J’ai peur, donc je suis. (Extrait du Collège de Philosophie. La nouvelle idéologie de la peur). » (La nouvelle idéologie de la peur, Pierre-Henri Tavoillot[4], philosophe, 22/11/2010, La Tribune).

Aujourd’hui la peur des migrants a éclipsé la peur des roumains ou celle des francs-maçons ... Facile à alimenter, cette peur a été providentielle aux partis populistes et souverainistes.

Le vieillissement de la population accroît cette tendance à vouloir se cloisonner, se protéger contre tout. Mais cette illusion est dangereuse. Si on a pu dire que la peur est le début de la Sagesse car elle peut aider à réaliser l’existence d’un danger, elle est aussi mauvaise conseillère car elle favorise la précipitation qui est le contraire de la Sagesse.

Dans son livre, Cynthia Fleury[5] remarque que le courage n’est pas l’antithèse de la peur ; il ne consiste pas à la nier, à l’occulter, mais à l’affronter en la domptant. La même cependant ajoute Nos époques sont celles de la disparition du courage. Or, ni les démocraties ni les individus ne résisteront à cet avilissement moral et politique. Il faut donc sortir du découragement et du catastrophisme. Ainsi peut-on vaincre la peur dans son rapport avec l’autre, en luttant contre les préjugés et les habitudes, en envisageant l’autre non comme une agression mais comme une chance d’ouverture. Seuls les lâches n’espèrent rien de l’autre. De même, en ce qui concerne la peur de l’avenir, Il faut parier sur le génie de l’espèce humaine, capable de dompter ses peurs pour improviser de nouvelles solutions. « Refuser de considérer les mutations du monde, regretter sa jeunesse insouciante, s’inquiéter de l’émergence d’une nouvelle conscience collective et juger grotesques les préoccupations de ses contemporains, est le signe de quelque chose : c’est que l’on commence à vieillir. » (Pascal Bruckner[6], 2011).

Au niveau économique, les entreprises s’interrogent. « Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que l’on n’arrêtera pas des migrations massives avec des mitrailleuses sur des bateaux », tempête Loïc Armand, président de L’Oréal France, qui préside la commission Europe du Medef[7], dans le phénomène migratoire incontrôlé actuel, il y voit tout sauf une crise passagère, le résultat notamment « de l’insupportable différence de richesse entre une Europe riche et vieillissante et une Afrique jeune et encore trop loin d’avoir les infrastructures nécessaires au développement harmonieux de son économie »[8].

La Foi en l'Homme est l'avenir de l'Humanité

À ceux qui déclament doctement qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, que répondre ? Que penseront nos enfants de nos peurs d’aujourd’hui ? Comment, en effet, ne pas envisager un monde meilleur et ne pas donner de l'espoir aux hommes, nos frères ? Comment ne pas envisager une Société plus juste, plus fraternelle et plus humaine ? N’est-ce justement pas là que réside l’Utopie de la franc-maçonnerie ? En ce sens, que fait-elle vraiment, face à cette déferlante des migrants aujourd’hui ?

Le 7 septembre 2015, 28 obédiences maçonniques européennes ont signé un communiqué de presse commun sur les « migrants ». Dans ce texte ces Obédiences se disent alarmée par la tragédie et dénoncent l’incapacité des états à surmonter les égoïsmes nationaux. Elles rappellent que « ... le respect des droits de l’homme et du principe de dignité humaine font partie des principes fondateurs de la construction européenne. C’est sur la base de tels principes que la solidarité est encore plus nécessaire au vu des bouleversements qui affectent de nombreuses régions du monde ».

Ces Obédiences courageuses donnent l’exemple de ce que doit être la conception de l’humanisme véritable. Garder Foi en l’Homme, faire ce que dois, advienne que pourra ! Le Courage est plus valorisant que le culte de la Peur. Cette tragédie doit être le creuset d’une renaissance et d’un renouveau du rêve Européen. La peur de l’autre ou celle de perdre ses intérêts n’est pas un bon calcul. Cette crise des migrants est une chance et si, à court terme elle peut représenter un coût, elle pourra plus tard apporter une nouvelle jeunesse, un nouveau souffle à cet Occident actuel, vieillissant, rongé par l’égoïsme et la peur.

Texte de la Déclaration des obédiences maçonniques Européennes:

FM COM PRESSE 2015

 


[1] Philosophe et ancien ministre de l'Éducation, dans une tribune au Figaro. Publié le 8 avril 2006 par Le Platane.

[2] En latin, libido signifie « désir ». C’est un terme qui est aujourd’hui employé comme synonyme de désir sexuel. C’est Freud qui a rendu ce terme populaire en différenciant la sexualité de la procréation et en utilisant largement le terme libido dans le développement de la théorie psychanalytique.

[3] La phobie est une peur continue et irraisonnée de certains objets ou situations. Freud y voit un mécanisme de défense du moi, par déplacement d’une angoisse sur un objet anodin.

[4] Pierre-Henri Tavoillot, maître de conférences à l'université Paris-Sorbonne (Paris IV), président du Collège de philosophie et membre du Conseil d'analyse de la société, auteur (avec Éric Deschavanne) de « Philosophie des âges de la vie », Hachette, Pluriel, 2008.

[5] Cynthia Fleury, La fin du courage, Fayard 2011.

[6] Sylvain Tesson, « Pascal Bruckner ou le fanatisme du déni », Reporterre, 2011, http://www.reporterre.net

[7] Le Mouvement des entreprises de France (Medef) est une organisation patronale fondée en 1998, représentant des dirigeants des entreprises françaises.

[8] « Les migrants, une chance pour l’économie européenne », LE MONDE ECONOMIE, 02.09.2015.

Mis à jour (Dimanche, 20 Décembre 2015 16:56)

 

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